Rencontre avec Annabelle Mesclon, chargée de valorisation au sein du pôle régional de l’immobilier de l’État en Auvergne-Rhône-Alpes
À l’occasion des 10 ans de la direction de l’immobilier de l’État (DIE), cette série met en lumière celles et ceux qui, chaque jour, contribuent à la gestion du patrimoine et à la mise en œuvre de la politique immobilière de l’État. Rencontre avec Annabelle Mesclon, chargée de valorisation au sein du pôle régional de l’immobilier de l’État en Auvergne-Rhône-Alpes.
« L’immobilier de l’État est un levier essentiel pour rendre l’action publique possible »
1. Qui es-tu
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis chargée de valorisation au sein du pôle régional de l’immobilier de l’État en Auvergne-Rhône-Alpes. Mon travail consiste principalement à piloter des opérations d’acquisition, de cession ou de transfert de biens immobiliers pour le compte de l’État.
J’ai rejoint cette filière il y a deux ans et c’est mon premier poste dans ce domaine.
Quel est ton parcours avant ce poste ?
Avant de rejoindre l’immobilier de l’État, j’ai notamment exercé à la direction générale des Finances publiques, où je participais à une mission de rationalisation des réseaux publics de recouvrement.
J’ai intégré la fonction publique via le concours de l’Institut régional d’administration. À l’issue de cette formation, j’ai travaillé à la direction générale des douanes sur les taxes énergétiques.
As-tu connu un moment particulier de transformation pour l’immobilier de l’État ?
Oui, je suis arrivée au moment de la création du pôle régional de l’immobilier de l’État en Auvergne-Rhône-Alpes. La région faisait partie des territoires pilotes.
C’était une période de transition importante, avec une nouvelle organisation et de nouvelles façons de travailler à mettre en place.
2. Ton rôle au quotidien
En quoi consiste ton métier aujourd’hui ?
On résume souvent mon métier par « acheter et vendre des biens pour l’État ». En réalité, c’est beaucoup plus large.
Mon travail consiste surtout à rendre possibles ces opérations : analyser les situations juridiques, dialoguer avec les administrations et les collectivités locales, préparer les procédures ou encore définir une stratégie de valorisation.
La signature d’un acte de vente ou d’acquisition est en quelque sorte l’aboutissement d’un travail souvent long et complexe.
Peux-tu donner un exemple concret de dossier qui illustre ton rôle ?
Nous avons récemment cédé 15 hectares de terres agricoles situées sur la commune de Dardilly, au sein de la métropole de Lyon. D’abord occupés par une école, ces terrains ont ensuite servi à de l’accueil temporaire. Un temps envisagés pour l’implantation d’une ferme photovoltaïque, ils ont finalement fait l’objet d’un travail concerté avec la SAFER (société d'aménagement foncier et d'établissement rural), la métropole et la commune afin de favoriser l’installation de jeunes agriculteurs. Une part importante des surfaces a par ailleurs été durablement préservée pour protéger une zone humide.
Ce projet, fruit de plusieurs années de travail et de négociations, illustre concrètement le rôle que nous pouvons jouer dans des politiques de premier plan, à fort impact sur la vie des citoyens : le soutien à la souveraineté alimentaire et la protection de l’environnement.
Quelles compétences sont essentielles pour exercer ce métier ?
Il faut avant tout être pragmatique, car chaque dossier est différent et implique de nombreux acteurs aux intérêts parfois divergents.
Il est aussi important de savoir prendre du recul. Le temps de l’immobilier est long et les situations peuvent évoluer. Il faut donc analyser les contraintes, dialoguer avec les partenaires et construire progressivement les solutions les plus adaptées.
3. Ta vision des transformations
Quelles évolutions as-tu observées depuis ton arrivée ?
J’ai découvert un environnement en pleine évolution. Quand j’ai rejoint l’équipe en janvier 2024, le pôle régional se mettait en place. Il réunissait des équipes qui travaillaient auparavant dans des services différents, avec des cultures et des méthodes propres.
Au début, il a fallu apprendre à se connaître et mieux comprendre les métiers de chacun. Des séminaires de cohésion ont notamment été organisés pour accompagner cette transition.
Aujourd’hui, le fait d’être regroupés dans une même équipe et dans les mêmes bureaux a beaucoup changé les choses : les échanges sont plus fluides, on comprend mieux le travail des autres et on avance plus rapidement sur les dossiers.
As-tu constaté une évolution dans la manière de travailler ?
Oui, notamment dans la coopération entre les équipes. Les chargés de valorisation sont désormais associés plus en amont aux réflexions stratégiques.
Cela permet d’anticiper davantage les projets et de traiter des dossiers souvent plus complexes. Le travail se fait aussi davantage en coordination, avec plus de réunions et d’échanges entre les équipes. Cette organisation renforce également nos relations avec les collectivités territoriales.
4. Pourquoi ce métier a du sens
Qu’est-ce qui te motive dans ton travail ?
Ce qui me motive le plus, c’est d’être à la croisée de nombreuses politiques publiques.
L’immobilier est souvent un levier essentiel : il constitue l’outil de travail des agents, permet de loger les gendarmes, d’accueillir un tribunal ou encore de développer des logements sociaux grâce à la décote Duflot.
Avant d’arriver dans ce domaine, je ne mesurais pas à quel point la gestion des bâtiments est déterminante pour le fonctionnement de l’action publique.
En quoi ton action contribue-t-elle aux enjeux de l’action publique ?
Travailler pour l’immobilier de l’État, c’est contribuer concrètement à rendre l’action publique possible.
Par exemple, je travaille actuellement sur un dossier d’acquisition destiné à la création d’un commissariat au Puy-en-Velay. Ce type de projet mobilise de nombreux acteurs et suppose de concilier des contraintes techniques, budgétaires et territoriales. L’objectif est toujours le même : permettre aux administrations d’exercer leurs missions dans de bonnes conditions et d’améliorer l’accueil du public.
Un moment collectif qui t’a particulièrement marquée ?
Je travaille actuellement sur un dossier à la croisée de plusieurs politiques publiques, mobilisant de nombreux partenaires : la préfecture, des collectivités locales, des acteurs associatifs et des entreprises. L’objectif est de trouver une solution bénéfique pour tous : préserver un espace naturel, soutenir l’activité économique locale et améliorer l’accueil de publics en difficulté.
C’est un exemple très concret de l’impact que peut avoir notre travail.
5. Les enjeux de demain
Quels sont, selon toi, les grands défis de l’immobilier de l’État pour les prochaines années ?
La création d’une foncière de l’État représente un enjeu important.
Aujourd’hui, les pôles régionaux ont certaines limites, notamment pour assurer le rôle de bailleur. Une foncière pourrait compléter notre action en apportant davantage de capacité de gestion. Je vois donc cette évolution comme une opportunité pour aller plus loin dans la gestion du patrimoine de l’État.
6. Fierté et mot de la fin
Quelle est ta plus grande fierté dans ton parcours dans l’immobilier de l’État ?
Ce qui me rend la plus fière, c’est le travail collectif. Même si chacun a ses dossiers, nous nous soutenons beaucoup et nous suivons aussi les projets des autres.
C’est un environnement de travail très riche, où l’on ne s’ennuie jamais.
Comment résumerais-tu l’immobilier de l’État à quelqu’un qui ne le connaît pas ?
Il suffit de regarder autour de soi : les bâtiments, les terrains, les infrastructures… Derrière chacun de ces lieux se posent des questions très concrètes : à qui appartient-il ? comment est-il utilisé ? comment l’entretenir ou le transformer ?
L’immobilier de l’État, c’est un patrimoine très vaste, parfois inattendu, des bâtiments administratifs aux falaises ou aux cimetières, dont la gestion a des conséquences très concrètes sur la vie des citoyens.