Des bâtiments de l’État résilients sous 50 °C

Une nouvelle doctrine pour intégrer les épisodes de chaleur dans les futures opérations immobilières de l’État

Face à des épisodes de chaleur de plus en plus fréquents et intenses, l’État fait évoluer ses pratiques immobilières. La direction de l’immobilier de l’État a élaboré une nouvelle doctrine pour mieux intégrer les épisodes de chaleur actuels et futurs dans la conception, la construction ou la réhabilitation et l’exploitation des futurs bâtiments, tout en préservant le confort des occupants et la continuité des services publics.

Anticiper les épisodes de chaleur de demain

Les épisodes de chaleur se multiplient et s’intensifient. Les étés deviennent plus chauds et les vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus précoces.

Selon la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), à l’horizon 2050, un été comparable à celui de 2003 deviendra courant. Les épisodes de chaleur les plus exceptionnels pourraient durer alors jusqu’à un mois et les températures atteindre localement 50 °C.

Or, une grande partie du patrimoine immobilier de l’État a été conçue pour des conditions climatiques différentes. Les exigences réglementaires actuelles ne permettent pas, à elles seules, de garantir le confort des occupants et la résilience des bâtiments face aux épisodes de chaleur futurs.

Ces évolutions peuvent entraîner une dégradation du confort thermique, une augmentation des besoins de rafraîchissement, des dysfonctionnements des installations et, dans les situations les plus critiques, rendre certains locaux inutilisables et perturber la continuité des services publics.

Il est donc nécessaire d’anticiper dès aujourd’hui ces évolutions dans les décisions immobilières, en tenant compte des conditions climatiques auxquelles les bâtiments seront exposés tout au long de leur durée de vie.


+ 4 °C de réchauffement en France métropolitaine à l’horizon 2100

Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC)


Une nouvelle doctrine pour faire évoluer les pratiques immobilières

Élaborée par la DIE en concertation avec ses réseaux, la « doctrine pour des bâtiments de l’État résilients sous 50 °C » s’inscrit dans le cadre du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3).

Elle définit un cadre commun pour mieux anticiper les épisodes de chaleur et intégrer cet enjeu dès les premières étapes des projets immobiliers, plutôt que de le traiter comme une simple question technique en fin de conception.

Elle marque ainsi une évolution dans la manière d’aborder les projets immobiliers : la gestion de la chaleur devient un enjeu structurant, qui doit orienter les choix architecturaux, techniques et d’exploitation dès la programmation.

Cette approche repose sur la prise en compte de quatre dimensions complémentaires qui influencent la réponse d’un bâtiment face à la chaleur : le climat futur et les épisodes qu’il peut provoquer, les spécificités du site et de son environnement, les caractéristiques du bâtiment, ainsi que les modalités de son exploitation par les occupants. Elle privilégie la sobriété et les solutions bioclimatiques, tout en anticipant les conditions réelles d’utilisation des bâtiments, y compris lors des épisodes de chaleur exceptionnels.

La doctrine poursuit deux objectifs complémentaires, adaptés à l’intensité des épisodes de chaleur :

Épisodes récurrents

Maintenir le confort thermique

Préserver des conditions adaptées aux activités exercées et aux besoins des occupants.

Épisodes exceptionnels

Garantir la résilience thermique

Permettre aux bâtiments de continuer à fonctionner, y compris de manière adaptée, pour assurer la continuité du service public.


Cinq principes pour concevoir des bâtiments adaptés au climat futur

La doctrine repose sur cinq principes structurants, destinés à guider les choix immobiliers tout au long du projet.

PRINCIPE 1 : Faire de la chaleur un déterminant du projet

Traiter la gestion des épisodes de chaleur comme un déterminant majeur du projet, influençant les choix architecturaux, techniques et d’exploitation.

La gestion des épisodes de chaleur doit être prise en compte dès la programmation du projet, et non uniquement lors du choix des équipements techniques. Elle doit orienter les décisions concernant la conception du bâtiment, son implantation, ses équipements et ses modalités d’exploitation.

Cette anticipation suppose d’associer les différents acteurs du projet dès l’amont, afin de définir des solutions adaptées aux besoins des occupants et aux activités accueillies, tout en tenant compte des coûts sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment.

PRINCIPE 2 : Concevoir pour le climat futur

Intégrer la dérive climatique définie selon la TRACC dans les hypothèses de conception, selon des horizons temporels différenciés (2050 et 2100).

Les bâtiments doivent être conçus en tenant compte des conditions climatiques auxquelles ils seront exposés au cours de leur durée de vie, et non des seules températures actuellement observées.

La doctrine distingue deux horizons : 2050 pour dimensionner les bâtiments en fonction du climat futur et 2100 pour évaluer leur robustesse et leur capacité d’adaptation à plus long terme. Cette approche permet d’anticiper les évolutions climatiques et d’éviter que les bâtiments ne deviennent inadaptés aux conditions futures.

PRINCIPE 3 : Recourir prioritairement à l’architecture bioclimatique

Recourir prioritairement à l’approche bioclimatique et aux solutions techniques simplifiées (dites low tech) avant toute mobilisation de systèmes actifs.

L’objectif est de limiter les besoins de rafraîchissement en privilégiant d’abord une conception adaptée au climat et aux caractéristiques du site : orientation du bâtiment, protections solaires, isolation adaptée, ventilation naturelle ou encore végétalisation.

Lorsque ces solutions ne suffisent pas, la doctrine privilégie des dispositifs de rafraîchissement simples et peu énergivores. Le recours aux systèmes actifs, notamment à la climatisation, doit ensuite être étudié et justifié en fonction des besoins du bâtiment et des activités qu’il accueille.

PRINCIPE 4 : Concevoir pour les usages réels

En conception, intégrer des conditions d’usage réalistes du bâtiment et définir des modalités d’exploitation dégradée à enclencher lors des épisodes exceptionnels.

Les solutions retenues doivent tenir compte des conditions réelles d’occupation du bâtiment, des activités exercées et des besoins de ses utilisateurs, afin de garantir leur efficacité au quotidien.

La doctrine prévoit également d’anticiper les situations de chaleur exceptionnelle, durant lesquelles le fonctionnement habituel du bâtiment pourrait ne plus être possible. Il s’agit notamment d’identifier les locaux et les activités prioritaires et de prévoir des adaptations de l’organisation et de l’utilisation des espaces pour assurer la continuité des missions essentielles.

PRINCIPE 5 : Simuler pour mieux décider

Modéliser les hypothèses et les solutions à l’aide de simulations thermiques dynamiques (STD), afin d’éclairer la décision au plus tôt dans le projet.

Les simulations thermiques dynamiques permettent de modéliser l’évolution des températures à l’intérieur d’un bâtiment, en tenant compte des conditions climatiques, de ses caractéristiques et de ses usages.

Utilisées dès les premières étapes du projet, puis tout au long de sa conception, elles permettent de comparer différentes solutions, d’évaluer leur efficacité face aux conditions climatiques futures et d’identifier les limites de fonctionnement du bâtiment, notamment lors des épisodes de chaleur exceptionnelle.

Une approche progressive, fondée sur la sobriété

Privilégier les solutions bioclimatiques

Protections solaires, isolation, ventilation naturelle, végétalisation

Mobiliser des solutions simples

Brasseurs d’air et dispositifs de rafraîchissement sobres

Recourir aux systèmes actifs lorsque cela est nécessaire

Climatisation ciblée pour répondre aux besoins qui le justifient


Une démarche qui concerne l’ensemble des acteurs de l’immobilier de l’État

La doctrine concerne les opérations de construction neuve et de réhabilitation lourde de l’État et de ses opérateurs. Ses principes ont également vocation à guider plus largement les interventions sur le patrimoine immobilier, notamment les opérations de rénovation de moindre ampleur, en tenant compte des caractéristiques des bâtiments, de leurs usages et des contraintes locales.

Pour les territoires ultramarins, dont les conditions climatiques présentent des spécificités importantes, ces orientations doivent être adaptées aux contextes locaux.

Sa mise en œuvre repose sur une mobilisation collective des maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, bureaux d’études, entreprises, exploitants et utilisateurs, dès l’amont des projets et tout au long du cycle de vie des bâtiments.

Elle invite également à repenser les modalités d’exploitation et les usages, en anticipant les adaptations nécessaires pour maintenir les bâtiments en condition opérationnelle lors des épisodes de chaleur extrême.

Au-delà des solutions techniques, il s’agit de faire évoluer durablement les pratiques immobilières, en conciliant confort des occupants, sobriété énergétique et continuité du service public.

Découvrir la doctrine dans son intégralité

Uniquement pour le réseau immobilier de l'État

Consulter la doctrine Ouvre une nouvelle fenêtre