« Partager nos pratiques au niveau européen est une véritable source d’innovation pour l’immobilier public ! »
Publié le dimanche 9 novembre 2025
Pendant deux mois, Frauke Rödel, experte juridique au ministère fédéral des Finances allemand, a effectué un stage d’immersion à la direction de l’immobilier de l’État. Entre regards croisés, découvertes et réflexions comparatives, elle partage son expérience au cœur d’un benchmark franco-allemand sur la gestion de l’immobilier public.
En poste au ministère fédéral des Finances à Berlin, où elle travaille depuis 2022 sur les questions d’immobilier de l’État, Frauke est experte juridique au sein de la direction en charge de la Bundesanstalt für Immobilienaufgaben (BImA), la foncière publique allemande.
Dans le cadre de son master européen de gouvernance et d’administration à l’Institut national du service public (INSP), elle a réalisé un stage de deux mois à la direction de l’immobilier de l’État (DIE). Son objectif : comparer les modèles français et allemand de gestion de l’immobilier de l’État, formuler des pistes d’évolution et contribuer aux travaux de benchmark européen portés par la DIE.

1. Parcours et motivations
Pouvez-vous nous présenter et nous dire quelles sont vos missions au sein de votre ministère en Allemagne ?
J’ai étudié le droit allemand et le droit français, puis préparé une thèse de doctorat à l’université de Münster sur le droit public appliqué aux entreprises publiques détenues à 100 % par l’État. Après une expérience sur les questions d’anticorruption et de budget, j’ai rejoint en 2022 la direction du ministère fédéral des Finances chargée de la BImA, la foncière de l’État allemand. J’y travaille depuis trois ans et demi sur des sujets liés à la gestion du parc immobilier public.
Qu’est-ce qui vous a motivée à réaliser ce stage en France, au sein de la DIE ?
La France m’intéresse depuis longtemps, à la fois pour sa langue, sa culture et son administration. J’avais envie d’améliorer mes connaissances du système français et d’en comprendre le fonctionnement de l’intérieur. En tant qu’Européenne convaincue, je crois profondément à la valeur du couple franco-allemand pour faire progresser l’Union européenne. Ce stage me permettait d’allier ces deux dimensions : la curiosité professionnelle et la coopération européenne.
Qu’attendiez-vous de cette immersion ?
Je souhaitais surtout apprendre comment la France organise la gestion du patrimoine immobilier de l’État, un sujet complexe compte tenu de la diversité des acteurs impliqués. Mes attentes ont largement été dépassées ! J’ai pu participer à de nombreuses réunions grâce à mon intégration au sein de l’équipe projet : chez AGILE, l’agence de gestion de l’immobilier de l’État, à la conférence " Villes 2050, le temps de l'action", et j’ai découvert des approches très concrètes, notamment autour du numérique, un domaine nouveau pour moi en tant que juriste. Les équipes ont pris le temps de tout m’expliquer : j’ai vraiment senti une envie de partage.
2. Regards croisés sur l’immobilier de l’État
Quels sont, selon vous, les grands points communs entre la France et l’Allemagne dans la gestion de l’immobilier public ?
Les deux pays font face aux mêmes défis : réduire les surfaces, atténuer et s’adapter aux impacts du changement climatique et maîtriser les budgets. Ces priorités sont au cœur de nos stratégies respectives.
À l’inverse, quelles différences vous ont particulièrement marquée ?
L’organisation institutionnelle diffère beaucoup. En Allemagne, la BImA, créée en 2005, joue déjà pleinement son rôle de foncière nationale. Le ministère des Finances exerce une tutelle, d’abord pleine, et désormais limitée aux questions juridiques. En France, le modèle reste très fragmenté, avec la DIE qui certes joue un rôle central et pilote la politique immobilière, et des ministères encore directement responsables de leurs bâtiments. Si la France crée à terme une foncière, sa structure pourrait ressembler à celle de la BImA.
Qu’avez-vous découvert en France qui vous semble inspirant pour l’Allemagne ?
J’ai trouvé très intéressante la manière dont la DIE aborde la question de la réduction des surfaces, en s’appuyant sur la réalité des missions et le comment travailler plutôt que sur le où travailler. En France, les projets sont accompagnés d’une vraie réflexion collective : c’est une approche humaine, basée sur la concertation et les usages. C’est un point que nous pourrions davantage développer en Allemagne.
Et quels éléments du modèle allemand pourraient être source d’inspiration pour la France ?
La centralisation de la gestion immobilière publique. Une structure unique permet de simplifier les processus et d’accélérer sur les priorités comme la transition écologique. Cette approche intégrée pourrait nourrir la réflexion française.
Comment votre travail s’inscrit-il dans une dynamique de coopération européenne ?
La BImA participe déjà au réseau européen Pure-NET, où plusieurs États échangent sur leurs stratégies et organisations immobilières. Ce stage m’a permis d’approfondir ces comparaisons et, je l’espère, d’ouvrir la voie à de nouvelles coopérations, par exemple autour des foncières publiques ou de la rénovation durable. Je suivrai avec beaucoup d’intérêt la réforme française en la matière.
3. Expérience et perspectives
Qu’avez-vous le plus apprécié durant ces deux mois d’immersion ?
L’accueil ! Les équipes ont été ouvertes, curieuses et toujours prêtes à échanger. J’ai vraiment apprécié cet esprit de coopération franco-allemande.
Qu’avez-vous appris sur l’administration française ?
Qu’elle est engagée dans une transformation profonde, dans un contexte budgétaire exigeant. J’ai été impressionnée par la volonté de réforme et la mobilisation collective pour faire évoluer les pratiques.
Et sur le plan humain ?
Même si nos cultures administratives diffèrent, nous partageons les mêmes défis. Comparer nos modèles m’a aidée à mieux comprendre comment innover, simplifier les processus et renforcer la transparence au service de l’intérêt général.
Quels seront, selon vous, les apports concrets de ce stage pour la suite de votre carrière ?
Ce que je retiens surtout, c’est qu’il faut savoir rester curieux et ouvert à d’autres façons de faire. Chaque pays a ses atouts : en France, la transformation liée à la réduction des surfaces est particulièrement intéressante ; en Allemagne, l’organisation autour d’une foncière lui permet d’être mieux structurée. En s’inspirant les uns des autres, on avance ensemble vers nos objectifs communs.
Frauke prépare désormais un mémoire de master comparant les deux systèmes de gestion de l’immobilier de l’État.
La BImA en quelques mots
La BImA est l'agence fédérale allemande dédiée à la gestion immobilière du patrimoine de l'État. Elle a été créée en 2005 pour devenir une foncière publique et ainsi optimiser, améliorer et simplifier la gestion du patrimoine immobilier de l’État en Allemagne. Elle prend la forme d’une organisation publique sous la tutelle du ministère fédéral allemand des Finances. Son portefeuille immobilier totalise 60 millions de mètres carrés, avec environ 38 000 logements. Elle compte 7 400 employés, répartis entre le siège à Bonn et neuf directions sur le territoire allemand, avec un total d'environ 120 sites.

Le saviez-vous ?
L’Allemagne a fait le choix de transformer son modèle de gestion de l’immobilier de l’État en créant une foncière publique il y a vingt ans. C’est le modèle le plus répandu aujourd’hui en Europe.