10 ans de la DIE : regards croisés de deux directrices

Publié le lundi 4 mai 2026

À l’occasion des 10 ans de la direction de l’immobilier de l’État, Nathalie Morin, première directrice de la DIE de 2016 à 2018, et Sylviane Bourguet, directrice actuelle, croisent leurs regards sur une décennie de construction, de transformations et de défis. Un récit à deux voix pour comprendre le chemin parcouru et les perspectives qui s’ouvrent.

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Transcription

Sylviane Bourguet

Bonjour, Nathalie. Je suis ravie que tu sois avec moi aujourd'hui pour parler des dix ans de la direction de l'immobilier de l'État que tu as été amenée à diriger il y a quelques années, à son démarrage.

Nathalie Morin

Merci de cet échange. Ça me fait très plaisir d'évoquer les souvenirs de la création et les débuts de la direction de l'immobilier de l'État. Et je voulais justement te demander ce que représentait pour toi, en 2026, la direction de l'immobilier de l'État ?

Sylviane Bourguet

La direction de l'immobilier de l'État, c'est une direction qui, à mon sens aujourd'hui, a entièrement trouvé sa place dans l'écosystème interministériel, comme une direction support, stratège en matière d'immobilier et qui a pu impulser de nombreuses dynamiques, et qui s'est adaptée avec les évolutions de son époque, que ce soit en matière d'évolution du monde du travail, que ce soit en matière de transition écologique et énergétique et aujourd'hui d'adaptation au changement climatique. C'est également une direction qui accompagne un réseau riche de professionnels de l'immobilier au sein de l'ensemble des directions, services et opérateurs de l'État.

Et c'est aussi une direction qui a su démontrer que l'immobilier n'était pas seulement un service support, parce que tout le monde sait que l'on travaille dans un certain nombre de bâtiments, mais que c'était aussi un vecteur de transformation et d'accompagnement de nombreuses politiques publiques. C'est là où je pense où la Direction de l'immobilier et l'État a trouvé sa place aujourd'hui au sein de l'État.

Dix ans après la création de la direction de l'immobilier et l'État, comment vois-tu cette aventure aujourd'hui ?

Nathalie Morin

Avec une certaine tendresse, parce que ça a été une épopée de six ans exigeante, parfois éprouvante, et avec une équipe de collaborateurs absolument formidables à qui je pense très fort aujourd'hui, et puis avec fierté, parce que c'était difficile de porter la politique immobilière de l'État en interministériel à cette époque-là. Et aujourd'hui, je suis très heureuse de voir que la DIE est là, qu'elle est bien là, qu'elle est bien inscrite dans l'écosystème interministériel et qu'elle est pleine de projets.

Sylviane Bourguet

Si on revient en arrière, en 2016, pourquoi il était nécessaire de créer la direction de l'immobilier de l'État ? France Domaine était déjà reconnue, donc, finalement, pourquoi la DIE ?

Nathalie Morin

En 2016, France Domaine allait sur ses dix ans.

France Domaine avait réussi l'exploit de faire émerger la politique immobilière de l'État et d'incarner l'État propriétaire. Mais au bout de quelques années, on avait le sentiment qu'il fallait donner une nouvelle dynamique à la politique immobilière de l'État et qu'il fallait faire évoluer le modèle initial. Et créer une direction de plein exercice, ça avait une dimension symbolique, mais les symboles ont leur importance, et ça permettait de confirmer la légitimité de cette politique et de donner plus de visibilité à la DIE.

Sylviane Bourguet

À quoi ressemblait l'immobilier de l'État à l'époque et quels ont été les principaux constats ?

Nathalie Morin

Le premier, c'est que les outils qui avaient accompagné la création de France Domaine paraissaient avoir atteint, pour certains, leur limite et méritaient d'être revisités. Je pense, par exemple, au dispositif de loyers budgétaires. Je pense au programme 309, qui devait porter l'entretien propriétaire, mais dont les crédits se réduisaient très significativement. Et puis, il y avait aussi la question de l'image que la politique immobilière de l'État et France Domaine donnaient d’eux-mêmes à l'extérieur. C'est une époque où on avait une politique très dynamique de cessions d'actifs, avec cette idée qu'on allait aussi contribuer au désendettement de l'État, mais on avait tellement communiqué sur cette dimension de la politique immobilière de l'État que ça avait fini par écraser tout le reste. On avait l'impression que la politique, ça n'était que des cessions d'actifs et que France Domaine était juste une agence immobilière. On avait complètement oublié de valoriser le fait qu'une cession, c'est un aboutissement, et qu'en amont, il y a toute une réflexion stratégique de rationalisation du parc.

Sylviane Bourguet

Au lancement de la direction de l'immobilier de l'État, qu'est-ce que tu souhaitais transformer en priorité ?

Nathalie Morin

La gouvernance. France Domaine n'avait pas la maîtrise de la gouvernance de la politique immobilière de l'État. Il y avait bien des instances d'échange et de concertation avec les ministères, mais elles étaient présidées par le secrétaire général du conseil pour l'immobilier de l'État (CIE). Pour ceux qui ne sauraient pas, le conseil pour l'immobilier de l'État, c'est une instance de contrôle et de conseil de la politique immobilière de l'État qui est placée auprès du ministre du Budget.

C'était donc son secrétaire général qui convoquait les ministères, qui fixait l'ordre du jour. On peut comprendre au démarrage que ça a permis d'installer France Domaine et la politique immobilière de l'État, mais avec le temps, ça devenait vraiment handicapant. Et créer la direction de l'immobilier de l'État et refonder la gouvernance, ça a permis de sortir la politique immobilière de l’État de cet état de minorité, en quelque sorte, et de lui donner tous les leviers de son action.

Et avec le recul, qu'est-ce qui te frappe le plus aujourd'hui quand tu regardes les débuts de la DIE ?

Sylviane Bourguet

C'est la justesse des constats de départ qui ont abouti à l'émergence de cette direction interministérielle qui se faisait pour mémoire aussi dans un contexte, mais tu le sais très bien de grandes transformations de ces directions interministérielles. La direction des achats de l'État a été aussi créée à la même époque, donc on était aussi dans un contexte de réforme structurelle. Et le constat faisait qu'il fallait effectivement faire émerger ces grandes politiques sur la base, effectivement, d'un état du parc, de la nécessité d'avoir des vraies stratégies en matière d'immobilière, et qu'elles soient un vecteur de transformation de l'action publique. Et ce constat, il est toujours partagé aujourd'hui, et c'est ce qui anime aussi et fait avancer la direction de l'immobilier de l'État.

Ça a été une prise de conscience, je pense, assez tardive, puisqu’on voit qu'aujourd'hui de nombreux rapports, que ce soit de la Cour des Comptes, des différentes inspections, ont toujours fait ce constat d'une insuffisance de connaissances de l'immobilier, de la nécessité de mettre en place un certain nombre de stratégies collectives, de piloter par la performance, et d'être, comme tu l'indiquais également, dans une logique qui est celle de rationalisation et d'adaptation économique, technique, sur les usages, mais dans une vision d'ensemble partagée, appuyée par une connaissance et des indicateurs de performance importants. Et je pense que ça, c'était le cas à l'époque, c'est toujours le cas aujourd'hui, et c'est ce qui nous anime collectivement. Et puis, il y avait cette envie de mettre en place de nouvelles pratiques, pas seulement à travers la comitologie qui a été mise en place, mais aussi à travers l'animation de l'ensemble de ces acteurs immobiliers qui sont très nombreux aujourd'hui au sein de l'État et de ses opérateurs.

Y a-t-il un moment où tu t'es dit, ce projet, c'est celui qui est important ou ce moment de transformation, c'est ça qui va changer la donne ?

Nathalie Morin

Je ne parlerais pas d'un moment de transformation, parce que le chemin n'est pas linéaire du tout, mais en revanche, il y a, oui, des opérations immobilières dont je me suis dit, elles sont emblématiques et elles prouvent que les orientations stratégiques que porte la DIE sont en train de se diffuser. Et je pense en particulier à une opération qui est celle de l'installation du siège de l’Office national des forêts (ONF) à Maisons-Alfort.

L'État était propriétaire d'un foncier assez important à Maisons-Alfort qui était sous-densifié et où se trouvaient déjà des opérateurs du ministère de l'Agriculture. Et donc, on a proposé de densifier ce foncier en y installant le siège de l'ONF.

Et ça a permis d'avoir une opération extrêmement vertueuse, parce qu'il y a un bâtiment de très haute qualité où je pense que les agents l'ONF sont heureux d'aller travailler, et qu'au plan budgétaire, ça a été totalement équilibré, je crois même excédentaire, parce que les produits de cession de l'ancien siège parisien ont permis de couvrir les frais de construction sur un foncier qui était gratuit. Le plus important pour moi, c'est là que j'ai compris que quelque chose se passait, c'est que ce projet, on ne l'a pas du tout mené contre le ministère de l'Agriculture et l'ONF, mais au contraire, avec le soutien actif et la pleine collaboration de la secrétaire générale du ministère de l'Agriculture de l'époque.

La transformation de l'immobilier repose beaucoup sur les équipes. Comment la DIE a-t-elle contribué à structurer et à valoriser cette filière ?

Sylviane Bourguet

Cette filière représente près de 13 000 professionnels de l'ensemble des métiers de l'immobilier au sein de l'ensemble de l'État, de ses opérateurs. Et c'est surtout une filière qui est extrêmement diversifiée au regard de l'ensemble des compétences qui sont nécessaires pour exercer ces fonctions immobilières. Je pense à des compétences administratives, mais aussi des compétences de nature juridique, un aspect technique qui s'est fortement accru ces dernières années, avec la transformation du monde du bâtiment et des travaux publics, la numérisation qui est arrivée au sein des projets immobiliers, mais également les enjeux de transition énergétique et d'adaptation au changement climatique qui se sont accrus et qui entraînent une technicité beaucoup plus forte dans la manière dont on élabore les programmes, dans la manière dont on va chercher à avoir de la performance sur les opérations immobilières, et dans la manière dont l'État en tant que maître d'ouvrage d'un certain nombre de grandes opérations d'investissement ou de gros entretien renouvellement doit pouvoir structurer l'action de l'ensemble des professionnels qui agit pour son compte sur l'immobilier.

Sylviane Bourguet

C'est également un métier qui fait face aujourd'hui à une forte concurrence avec le monde privé, et pour lequel il est important que la direction de l'immobilier de l’État puisse démontrer l'attractivité des métiers de l'immobilier au sein de l'État. C'est la raison pour laquelle la direction de l'immobilier de l’État s'est dotée d'une feuille de route pour avoir cette gouvernance et cette stratégie autre au sein de l'État dès 2023, que l'on accompagne aujourd'hui au quotidien pour essayer de déployer un certain nombre de parcours diversifiés pour accompagner la formation de l'ensemble de ces agents à travers de nombreux outils. On a utilisé le développement du numérique pour dématérialiser, démultiplier l'action d'accompagnement de l'ensemble de ces professionnels.

De ton point de vue, qu'est-ce qui a changé le plus dans la manière de travailler ensemble, que ce soit entre administrations ou dans les territoires ?

Nathalie Morin

Je pense que la réponse est contenue dans la question. C'est-à-dire travailler ensemble.

Ça paraît naturel aujourd'hui. Ça ne l'était clairement pas il y a dix ans.

On le faisait, mais la direction de l'immobilier de l’État était un peu perçue comme intrusive par les ministères. Aujourd'hui, on trouve complètement naturel de travailler ensemble. Ça ne veut pas dire qu'on est toujours d'accord. Il y a souvent des divergences de point de vue, mais on trouve complètement naturel de se réunir pour parler du parc domanial de l'État. Et ça, c'est un énorme progrès. Et je pense que le fait que la DIE soit une direction pluridisciplinaire et qu'elle ait été pionnière dans le fait de travailler avec des spécialistes venus d'autres ministères ou venus du secteur privé, ça a créé cette culture très ouverte sur les autres et ça a facilité la compréhension des cultures des autres ministères. Et ça explique peut-être qu'on arrive maintenant à communiquer beaucoup plus facilement.

Aujourd’hui, comment faites-vous vivre cette dynamique et l’attractivité des métiers ?

Sylviane Bourguet

En premier lieu, je dirais à travers l'animation du réseau. On dispose d'un réseau vraiment très connecté de l'ensemble des acteurs immobiliers, que ce soit dans la chaîne interne des responsables de la politique immobilière de l'État à travers l'animation des préfets, mais également de toutes les grandes directions des différents départements ministériels qui portent de l'immobilier. Cette animation du réseau est extrêmement importante et nous mobilise beaucoup justement pour créer ces connexions, cette connaissance des différents métiers, améliorer les pratiques collectives. Et puis, je pense également à la marque employeur qui a été développée par la direction de l'immobilier de l'État, avec une image désormais intégrée, unique, un site Internet qui a été complètement repensé, un certain nombre de documents de communication et une communication surtout qui a été renforcée, notamment sur les réseaux sociaux, mais en utilisant aussi tous les vecteurs disponibles.

Nathalie Morin

En 2025, quels ont été, pour vous, les temps forts ou les réalisations marquantes ?

Sylviane Bourguet

En matière de gouvernance, je pense à la structuration du réseau interne avec la mise en place et la généralisation de ce qu'on a appelé les trilogues de gestion, qui sont des dialogues de performance entre la direction de l'immobilier de l'État et l'ensemble de son réseau DRFIP, DDFIP et responsables de la politique immobilière de l'État en région, mais également à travers le renforcement du rôle de ces responsables de la politique immobilière en région avec ces actions de coopération et renforcement du pilotage des services locaux des domaines. On a rapproché la partie domaine de la partie stratégie immobilière.

Au-delà de la gouvernance, il y a eu également de grands travaux en matière de stratégie numérique avec le lancement de ce qu'on appelle le projet du nouveau socle de gestion, qui est un système d'information qui a vocation à remplacer demain l'ancien système d'information immobilier de l'État. On est en cours de recrutement d'un prestataire. Là, c'est un chantier qui nous va nous entraîner au moins dans les deux prochaines années avant d'avoir un nouvel outil qui va quand même révolutionner la manière dont les données sont mises à disposition de l'ensemble du réseau. On a également eu, comme les précédentes années, une dynamisation de l'ensemble des recettes. Je pense aux recettes de cessions, mais je pense également et surtout aux recettes en matière de redevances domaniales qui évoluent chaque année. On a encore une année 2025 qui a démontré qu'on pouvait aller plus loin. En matière de stratégie immobilière, et là, je ne peux que remercier l'action collective qui a été faite par l'ensemble des équipes. Aujourd'hui, on a couvert l'ensemble des régions en schéma directeur de l'immobilier régional et on a une vision d'ensemble, finalement, de ce que représente l'immobilier avec des projets derrière de mutualisation, de rationalisation pour l'ensemble de l'administration territoriale de l'État, qui est pilotée par les préfets au niveau local. L'année 2025 est également une année de nombreuses réalisations collectives, physiquement sur le terrain, avec la réception de nombreuses cités administratives. On est aujourd'hui plutôt sur la fin du programme, mais également d'opérations qui ont été financées grâce au plan France Relance. Donc on est dans une année où on va avoir des résultats très concrets d'actions politiques qui ont été lancées pour certaines dès 2020. Et puis, je pense, et c'est pas si anecdotique que ça, au fait que l'année 2025 a été la deuxième année de mise en œuvre du concours CUBE. Alors le concours CUBE, c'est un concours qui invite l'ensemble des administrations de l'État à avoir des actions en matière de sobriété énergétique. Et on voit que l'émulation collective a permis d'avoir des résultats extrêmement intéressants, quelle que soit la typologie de bâtis et quelles que soient les administrations qui ont porté ces projets.

Nathalie Morin

En quoi cette année montre-t-elle la maturité atteinte par la DIE ?

Sylviane Bourguet

Comme je le disais, par rapport aux éléments de bilan, on voit qu'on est sur une fin d'un certain nombre de programmes, la fin d'un cycle. Et en fait, cette année a pu démontrer, dans la poursuite des années précédentes, que la DIE était en capacité de porter de grands programmes d'investissement et de porter des objectifs politiques structurants en pouvant organiser la gouvernance, la comitologie et le pilotage de nombreuses entités en interministériel. Et je pense que ce sujet de la capacité à porter ces projets, que ce soit des projets d'investissement immobilier, mais également, je parlais tout à l'heure de la feuille de route de transformation de la fonction RH au sein des ministères, c'est vraiment le plus de la DIE au aujourd'hui. En 2025, la DIE a aussi démontré qu'elle savait convaincre, animer.

Sylviane Bourguet

Je prends pour exemple le sujet de la rationalisation des espaces et l'adaptation sur tous les espaces de travail. Comme tu le sais, en 2023, il y a eu la circulaire dite Borne de réduction des surfaces, à travers la mise en place de ce critère de performance qui est 16 m² par résident. Et donc, pour arriver à cet objectif, il a fallu non seulement accompagner des démonstrateurs, financer du coup un certain nombre de projets, mais il a gailement fallu former les équipes qui allaient accompagner les services dans la mise en place de ces projets. Et en 2025, on a pu développer une formation au réseau sur ces nouveaux espaces de travail.

Quand tu regardes l’action de la direction de l'immobilier de l'État aujourd'hui, qu'est-ce qui te semble le plus emblématique du chemin parcouru ?

Nathalie Morin

Je dirais deux choses. La première, c'est que la politique immobilière de l'État est maintenant vraiment perçue comme une politique à part entière. Et que l'État semble avoir une vision beaucoup plus claire de ce qu'il veut en faire. Moi, j'ai connu une période pionnière un peu plus confuse, où l'immobilier était aussi compris comme un support de politique publique, en particulier au profit du logement. Je rappelle que 2013, c'est la loi pour la mobilisation du foncier public en faveur du logement. Et à l'époque, on avait un peu de mal à gérer ce qu'on percevait comme des injonctions contradictoires. Donc il y avait une forme de concurrence pas très constructive entre ces usages. Il me semble qu'aujourd'hui, on arrive bien à concilier tous ces objectifs et qu'on a donc une vision beaucoup plus claire de ce qu'est la stratégie de l'immobilier. Et puis la deuxième chose très importante, c'est que dans les années pionnières, la politique immobilière de l'État était comprise par les occupants, comme un peu punitives. Et je trouve que toutes les évolutions de ces dernières années ont montré que la DIE pouvait au contraire accompagner les transformations, être très aidante. Et on a, me semble-t-il, complètement changé la vision du point de vue des occupants de la politique immobilière de l'État.

La sobriété, qu'est-ce que ça change aujourd'hui dans la gestion de l'immobilier de l'État ?

Sylviane Bourguet

La sobriété est vraiment devenue une boussole. On prend la sobriété dans toutes ses dimensions. On pense bien évidemment à la sobriété énergétique à travers l'évolution des usages et la nécessité de réfléchir à la manière dont on interagit avec le bâtiment au quotidien. Je parlais tout à l'heure du concours CUBE, qui a permis d'avancer sur ce sujet de la sobriété des usages. Je parlais également tout à l'heure de la circulaire Borne de 2023, qui a entraîné des enjeux performanciels en matière de sobriété de l'occupation des espaces à travers l'adaptation des espaces de travail qui permettent de rationaliser l'immobilier. La sobriété, je pense, est maintenant intégrée dans toutes les étapes qui sont celles qui structurent l'action immobilière.

Quand tu regardes l'évolution de la direction de l'immobilier de l'Etat ces dernières années, comment la transition écologique a fait évoluer la politique immobilière ?

Nathalie Morin

En première analyse, le défi de la transition écologique peut donner le vertige parce que notre parc immobilier n'est pas du tout adapté et que les coûts budgétaires nécessaires aux travaux pour faire ces transformations sont considérables. Mais pour moi, qui suis sur le terrain depuis quelques années, je trouve que c'est un formidable levier pour améliorer la façon dont l'Etat gère son parc. Faire baisser les émissions de gaz à effet de serre de notre parc immobilier, adapter notre parc au réchauffement climatique, ce sont des enjeux qui sont compris, et je dirais même partagés, par la très grande majorité des agents, beaucoup plus que tous les discours de rationalité économique et budgétaire qu'on a pu tenir pendant des années. Je crois que maintenant, il y a vraiment un consensus sur la nécessité de rationaliser les surfaces et de programmer et de provisionner ces travaux. Et ça, c'est grâce au défi écologique.

Sylviane Bourguet

L'évolution des usages et des modes du travail a vraiment bousculé l'organisation de l'État. Comment cela s'est-il traduit en matière immobilière ?

Nathalie Morin

Je crois qu'on a une très bonne illustration du fait qu'une bonne pratique, ça vaut mieux que de longs discours.

Depuis la généralisation du télétravail, on a pris de nouvelles habitudes et on a complètement renversé la perspective par rapport à notre immobilier. C'est-à-dire que maintenant, on part vraiment de nos usages, de nos modes de travail et on essaie de voir de quoi on a besoin en matière immobilière. On recherche la fonctionnalité des locaux, l'adaptation des locaux par rapport à nos besoins. Ça donne énormément de souplesse dans la gestion de l'immobilier alors qu'on avait plutôt le sentiment au contraire d'être dans quelque chose qui était très très rigide. Donc ça donne vraiment des possibilités d'aménagement et de rationalisation qui sont très très intéressantes. J'ai la chance d'avoir un de ces espaces innovants de travail à Melun et je vois bien que c'est complètement rentré dans les mœurs, que ça n'appelle absolument plus aucune question et que personne ne reviendrait en arrière surtout.

Pour autant, je pense qu'il faut être conscient qu'on ne peut pas complètement généraliser ces nouveaux espaces de travail, en tout cas pas aujourd'hui, à toute nos missions. Il y a aussi une question de coûts budgétaires, mais on a encore des missions qui ne se prêtent pas complètement à ce type d'immobilier.

Les crises récentes mettent l'immobilier de l'État à l'épreuve. En quoi est-ce que ça change la matière de penser et de piloter le parc ?

Sylviane Bourguet

Les crises récentes, elles ont vraiment mis en lumière notre vulnérabilité et nos vulnérabilités immobilières. Je pense, dans les crises, il y a plusieurs types de crises. Je pense d'abord à la crise énergétique que l'on a connue en 2022 avec l'entrée en guerre de l'Ukraine, qui a vraiment complètement changé de manière radicale la manière dont il fallait penser les questions énergétiques au sein de l'État. Elles ont mis en évidence qu'en fait l'immobilier jouait un rôle crucial dans ces enjeux énergétiques et que l'État avait à travers son parc immobilier, qui est extrêmement important, 97 millions de mètres carrés de surfaces c’est énorme, un rôle très actif à jouer en matière de résilience énergétique. Si on se projette plus loin, et c'est un de mes enjeux aujourd’hui au sein de la direction de l'immobilier de l'État, c'est cette crise qui est face à nous d'adaptation au changement climatique. Elle oblige finalement à repenser l'immobilier de manière différente, à se poser la question de comment demain on exercera nos missions de service public si on est soumis à des phénomènes climatiques d'ampleur de plus en plus importants. Elle oblige à penser la gestion de crise face à l'événement, mais aussi l'adaptation face à des événements qui sont des événements récurrents et de moindre ampleur. Je pense notamment aux vagues de chaleur, par exemple, auxquelles on est de plus en plus confronté depuis la très grande crise de 2003, et qui nous oblige à repenser l'immobilier, la manière dont on réalise notre travail au quotidien dans cet immobilier, de manière permanente ou différenciée, en tout cas, à se recentrer sur le cœur de métier, utiliser le télétravail de manière différente, créer des îlots de fraîcheur au sein du bâtiment et puis mettre des espaces de sécurité sur le cœur de notre immobilier, je pense notamment à la manière dont on doit adapter nos salles serveurs, ou même à la manière dont on va accueillir le public si on est face à ces événements de plus en plus récurrents.

On est aussi face à des enjeux sécuritaires aujourd'hui sur notre immobilier, et ces enjeux sécuritaires se sont accrues. Nos bâtiments sont de plus en plus techniques pour diverses raisons, et on voit que la France est attaquée sur l'ensemble de ses composants, et l'immobilier demain sera un enjeu. Il faudra pouvoir faire crise à des attaques cyber de plus en plus importantes, et donc ça questionne nos outils, mais ça questionne aussi notre immobilier.

Nathalie Morin

Parmi tous ces défis que tu viens d'exposer, quel est celui qui va compter le plus dans les années à venir ?

Sylviane Bourguet

Je pense que c'est celui de la résilience, et la résilience elle passe, je l'ai indiqué, à travers la sobriété, à travers l'adaptation aux crises, à travers la réflexion sur la manière dont on mène nos missions de service public, et à travers les différents usages et les différents services que l'on offre dans le bâtiment.

Et puis cette résilience, c'est aussi une boussole. La France vient de se doter d'une nouvelle stratégie de résilience. L'immobilier n'est pas identifié en tant que tel, mais c'est forcément un enjeu transversal à l'ensemble de la réalisation de ces actions. Et c'est aussi une manière d'avoir un embarquement de l'ensemble du collectif de travail. Je pense que tout le monde est assez sensible à ces enjeux de résilience et de souveraineté, et que ça va nous permettre là aussi de pouvoir retravailler collectivement la manière de faire évoluer notre stratégie immobilière.

En conclusion, ces dix ans ont changé quoi pour l'immobilier de l'État ?

Nathalie Morin

Je crois qu'on a réussi à transformer le rapport des administrations à leur immobilier. On est passé d'un rapport très passionnel à une approche beaucoup plus rationnelle, où on considère l'immobilier comme un actif patrimonial, qui faut donc préserver et valoriser.

Quel message voudrais-tu adresser aujourd'hui aux agents de la filière immobilière ?

Sylviane Bourguet

Je voudrais d'abord leur dire merci. Vous êtes des équipes engagées, expertes. On travaille collectivement à la réussite d'une stratégie immobilière ambitieuse au cœur de la transformation et de l'action publique. Et puis, j'ai aussi envie de leur dire, de vous dire, continuons ensemble cette action collective et osez innover. Comme je l'indiquais, on est face à un certain nombre de crises structurantes qui vont faire évoluer la manière dont on doit penser l'immobilier de l'État. Et pour ça, on a besoin de vous. La direction de l'immobilier de l'État a besoin de l'ensemble de son réseau pour aller plus loin.

Nathalie Morin

Merci beaucoup pour ces échanges. J'ai pris beaucoup de plaisir à reparler politique immobilière de l'État et à voir tout ce que la DIE porte comme projet et comme ambition.

Sylviane Bourguet

Merci beaucoup à toi d'être venue jusqu'à la DIE dans ces espaces par ailleurs complètement transformés et de nous avoir fait bénéficier de ton retour sur expérience.


« En dix ans, l’immobilier est devenu un levier à part entière de l’action publique. »

Nathalie Morin, directrice de l’immobilier de l’État de 2016 à 2018, après avoir dirigé France Domaine depuis 2012, et Sylviane Bourguet, directrice de l’immobilier de l’État depuis novembre 2025.


Une direction aujourd’hui pleinement installée

Dix ans après sa création, la direction de l’immobilier de l’État s’est imposée comme un acteur central de l’action interministérielle. À la fois direction support et stratège, elle accompagne les transformations profondes de l’action publique, qu’il s’agisse de l’évolution des modes de travail, de la transition écologique et énergétique ou encore de l’adaptation au changement climatique.

Au cœur de cette dynamique : un réseau de professionnels engagés, présents dans l’ensemble des ministères, services et opérateurs, qui contribuent à faire de l’immobilier un levier de transformation de l’État.

« L’immobilier n’est pas seulement une fonction support : c’est un levier de transformation de l’action publique. »

Sylviane Bourguet

  • Directrice de l'immobilier de l'État actuelle

Une création fondatrice pour structurer la politique immobilière de l’État

Pour Nathalie Morin, la création de la DIE en 2016 marque un tournant. Elle répondait à la nécessité de donner une nouvelle dimension à la politique immobilière de l’État, en renforçant sa lisibilité, sa gouvernance et sa capacité d’action à l’échelle interministérielle.

Au-delà de la dimension institutionnelle, cette création a permis de poser les bases d’une approche stratégique du parc immobilier, fondée sur la connaissance, la programmation et la performance.

Une cession est un aboutissement : l’essentiel, c’est la stratégie qui la rend possible.

Nathalie Morin

  • Directrice de l'immobilier de l'État de 2016 à 2018

Dix ans de transformations et de structuration

Depuis sa création, la DIE a progressivement structuré ses outils, ses méthodes et sa gouvernance. Elle s’appuie au fil du temps sur une culture du pilotage stratégique, nourrie par la donnée et partagée avec l’ensemble des acteurs de la filière.

Cette dynamique s’est accompagnée d’un travail de fond pour animer et valoriser la filière immobilière de l’État, qui rassemble près de 13 000 professionnels aux compétences multiples.


Un rôle renforcé face aux transitions et aux crises

L’entretien met également en lumière l’évolution du rôle de la DIE dans un contexte marqué par de profondes transformations.

Transition écologique, nouveaux usages liés au télétravail, crises énergétiques et enjeux de résilience : l’immobilier de l’État est aujourd’hui au cœur de la capacité d’adaptation et de continuité de l’action publique.

La résilience devient notre boussole face aux crises que nous traversons.

L'immobilier de l'État repose sur une dynamique collective, fondée sur le dialogue interministériel, le partage de pratiques et l’engagement des équipes. Dix ans après la création de la DIE émerge un nouveau cycle, avec des défis structurants à relever et une ambition renouvelée pour l’immobilier de l’État.


10 ans DIE institutionnel rapport annuel

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